AU RETOUR

ou retracer ma mémoire

"Si jamais vous faites le trajet Paris – Beirut, la meilleure partie de celui-ci est l’atterrissage. Ou la descente en mer. Littéralement. La piste débute avec la Méditerranée à ses trousses. Si vous ne voyez pas la terre vous pouvez très bien croire que l’avion va se transformer en épave maritime. C’est à ce moment-là que le rêve s’anéantit, ce moment où l’avion pose ses roues sur la piste et bascule de gauche à droite. La magie aura disparu, le temps de dix secondes et quelques personnes applaudiront le capitaine et son accomplissement.
Beirut commence à se dresser devant vous, mutilée par ses immeubles, vieux tout devant, modernes à l’arrière et des collines complètement défigurées tout au fond. "

J’ai quitté le Liban en 2011, et depuis, à chacun de mes retours, je regarde ses routes, sa montagne et sa côte, ces endroits que j’ai parcouru maintes fois. On est tous les deux en mouvement constant, on avance ensemble vers l’inconnu, on se quitte et on se retrouve, tout comme les vagues de la mer, ce n’est jamais la même qui se déferle sur les galets.
Rares sont les photos où vous reconnaitrez ce pays. Je veux le sortir de son contexte, de son histoire et de sa politique.
C’est des images qui sont vides d’humain – ou presque vides – je n’ai jamais senti une appartenance à cette société, je n’ai jamais pu vraiment la photographier.
Mais comment de toute façon arriver à photographier une société qui traverse une crise identitaire ?
Je suis partie, j’ai tout quitté pour prendre du recul et arriver à me retrouver. Ces photos sont une trace de ma mémoire, de restes, de résidus.
 

I left Lebanon in 2011, and since then, every time I go back, the highway, the mountains  and the long coast, these places that were such a big part of my childhood, still stand there, unchanged. We are both in a constant motion, moving together towards the unknown, getting away and reuniting again; just like waves; it is never the same  one that breaks on the pebbles.
My photographs show you a Lebanon you do not necessarily know, through my own perspective. I want to take it out of its context, its history and its politics.
These images that are empty of people, or almost - portray the fact that I never felt like I belonged to this society, I was never able to photograph it.
And how can you illustrate a society that is going through an identity crisis?
I left, I left everything to step back and to find myself. These photos are a trace of my memory, some leftovers, and some residues.
 

Délaissée. Abandonnée. Je tâtonne sur une route. Je trébuche, sur des nids de poule. Je regarde au loin, je recherche l’horizon, je tends la main. Des rails, des herbes, des palmiers. Des images s’entassent, s'entremêlent, s’effacent. La mémoire peut-elle durer? Faut-il la pratiquer tel qu’on pratique une langue? Comment conserver une image d’une terre qui se veut natale malgré elle. D’une terre qui se déconstruit et se rouille à chaque apparition d’un cheveu blanc. Au retour, ou retracer ma mémoire.